21.07.2009

A la vie

Il n'y avait sans doute la place en 2008 que pour un seul groupe proposant une musique lente et minimaliste sur un chant féminin crépusculaire. Et le succès (tout relatif mais à coup sûr critique) fut pour Grouper, et c'était bien mérité vu que cela faisait des années qu'ils sortaient des bons disques dans un quasi-anonymat.

 

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Malheureusement, pendant ce temps là, personne (ou presque) n'a parlé de Ala Muerte, en fait essentiellement le projet solo de Bianca Bibiloni qui y joue la plupart des instruments. D'ailleurs la comparaison avec Grouper est assez superficielle : si certains morceaux comme 'she' sont assez similaires par leur côté calme à l'extrême, éthéré et introspectif, il y a chez Ala Muerte beaucoup plus de variations dans les rythmes et les instrumentations (la demoiselle joue de très nombreux instruments) ainsi qu'un vrai désir d'écrire des chansons et pas seulement des ambiances.

 

En fait, ce disque qui navique dans les eaux troubles d'un dark folk lent évoque plutôt une version apaisée et optimiste du 'Evangelista' de Carla Bozulich (excellent album mais très éprouvant) ou certains albums de Swans. Ca et là, on trouve en effet quelques touches sud-américaines qui apportent un peu de lumière tandis que le chant laisse transparaître par moment une sorte de mysticisme joyeux. Ces quelques taches de couleurs au milieu d'une grisaille gracieuse ne suffisent certes pas à faire de ce Santa Elena un disque majeur mais en rendent par contre la consommation particulièrement agréable.

 

Label : Public Guilt

Année de sortie : 2008

Nombre de morceaux : 10

Durée : 45:35

 

Morceau préféré : 'Grim'

Bilan : BON

 

La vidéo de 'Red Flags' :

 

02.07.2009

Indien vaut mieux que deux Tulaura

Avec le revival folk de ces dernières années, il était inévitable qu'il y ait aussi une redécouverte des musiques traditionnelles, qu'elles soient indiennes ou nordiques (comment ça vous avez l'impression d'avoir déjà lu cette introduction quelque part?) Avec leur projet Anahita (mais ces deux filles ont tellement de projets parallèles), Tara Burke (Fursaxa) et Helena Espvall (Espers) semblent avoir décidé de mélanger tout ce qu'il pouvait y avoir de tradition folk à travers le monde en une sorte de brouhaha-happening expérimental...

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Il faut dire qu'elles n'en sont pas à leur coup d'essai dans l'expérimentation folk : même si elle a enregistré un album plus classique sous le nom de Tau Emerald avec Sharron Kraus, la plupart des disques de Tara Burke avec Fursaxa frisent par moment l'abstraction. Quant à Helena Espvall, si elle a joué avec Vashti Bunyan, elle a aussi sorti un album avec Masaki Batoh, d'ailleurs assez décevant. Que pouvait-on alors attendre d'un album a priori enregistré pendant différentes sessions assez libres ces dernières années ?

 

Eh bien c'est peu de dire que ce Matricaria est assez indigeste. Très vite le chant, mi-psalmodié, mi hululé, des deux demoiselles devient difficilement supportable et le seul but de la musique semble être de tester jusqu'où peuvent aller les instruments (violon, flûte...) De ci de là, on pense à des musiques traditionnelles amérindiennes, indiennes voir nordiques mais le seul but du disque semble de chercher à créer une sorte de folk sauvage et originel, même si la présence d'instruments modernes peut sembler un peu bizarre.

 

Si intellectuellement on peut trouver de l'intérêt au disque (au risque de tendre vers la masturbation intellectuelle mais ce n'est pas forcément rare chez Important Records), il me semble difficile d'y éprouver le moindre plaisir sensoriel, ce qui reste quand même d'une importance primordiale dans l'appréciation de la musique. Il y a beau y avoir quelques très beaux passages instrumentaux (au milieu de 'Chalice of cypress' par exemple, et l'introduction de 'Velvet Shoon') mais, entre les morceaux qui s'étirent à l'infini ( que 'pirin planina' est long...) et les effets vocaux extrêmement pénibles, impossible de vraiment profiter de ce disque. Impossible de vraiment le détester non plus...

 

Label : Important

Année de sortie : 2009

Nombre de morceaux : 6

Durée : 43:34

 


Morceau préféré : /

Bilan : BOF

07.04.2009

Un bien drôle de duo

Le duo MV & EE composé de Matt Valentine et Erika Elder ne peut rien faire comme les autres. Entourés de complices toujours changeant, ils ont sorti près de 30 ( !!!) albums en 5 ans, la plupart des CD-Rs distribués eux-mêmes lors des concerts mais aussi des albums disponibles ( enfin plus toujours ) sur de nombreux petits labels comme Time Lag, Ecstatic Peace ou ici pour ce 'Drone Trailer', DiCristina.

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S'il est difficile de se retrouver au milieu de cette prolifique discographie, ce l'est parfois encore plus au milieu de leur musique, à la fois traditionnelle et expérimentale, très structurée et totalement spontanée. Autrefois construite autout d'un folk d'influence appalache, elle a, au gré des envies et des expériences sonores ( forcément à force de fricoter avec Thurston Moore... ), incorporé des éléments prog, psyché ( entre autres ) au point qu'il est aujourd'hui difficile de parler encore de folk.

'Anyway' qui ouvre l'album avec ses guitares assez violentes et pour dire vrai assez désagréables laisse d'abord craindre que le groupe ne persévère dans la lignée bruitiste de Gettin' Gone, genre qui convient finalement assez mal au chant faible et plaintif de MV. Mais à ce court morceau ( le seul d'un album où tous les autres dépassent les 6 minutes ) succède un 'The Hungry Stones' de belle facture avec sa structure folk assez classique ( il y a même de l'harmonica ) tout juste perturbée par de légers reverbs de guitare, le disque prenant alors une autre tournure.

Les rythmes deviennent très lents, le chant s'efface, la structure des "chansons" s'égare dans des moments tantôt ambient/drone ( le titre était un signe ), tantôt plus jazzy, en un joyeux bazar de sons parfois difficilement identifiables. Et si on regrette un peu de ne pas entendre plus souvent le chant d'EE qui apporte sur 'Drone Trailer' une agréable alternative à la monotonie de celui de son compagnon, on se laisse progressivement emporter dans des univers fantasmagoriques, à la fois folkloriques et cosmiques.

Bon si vous désirez des jolies mélodies et des chansons qui se retiennent bien, passez votre chemin. Mais si vous avez le courage d'essayer de rentrer dans cette musique et de la laisser devenir une expérience sensorielle, vous ferez un beau bien qu'inconfortable voyage.

Label : DiCristina
Année de sortie : 2009
Nombre de morceaux : 6
Durée : 41:18

Morceau préféré : 'Twitchin''
Bilan : BON

04.03.2009

En repos de sauvagerie

Il y a des albums que l'on n'attend pas et sur lesquels on tombe par hasard. Et c'est tout l'intérêt d'avoir un bon disquaire chez lequel on trouve un CD avec une pochette faisant plutôt amateur et un autocollant "from the guitarist of Wilderness".
Encore un bon disque chez Jagjaguwar ?

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Colin McCann a choisi le pseudonyme étrange de The Lord Dog Bird pour sortir un album enregistré sur un quatre pistes et très différent de ce qu'il fait avec son groupe. Même si cette option donne une certaine chaleur et de la convivialité au disque, il est par moment tellement lo-fi que l'on a parfois l'impression, à l'écoute de certaines maladresses ( en particulier vocales ), qu'il est en train de jouer à côté dans la cuisine. Si cette impression peut à première écoute repousser et ne pas donner envie d'approfondir davantage ( voir la chronique de Pitchfork ), une fois qu'on est accroché, le disque possède un cachet indéniablement attachant.

Parlons donc un peu de la musique, beaucoup moins désuette que la façon dont elle a été enregistrée. Si on y retouve quelques similarités de structure avec le post-punk sombre de Wilderness, l'ensemble est beaucoup plus épuré. Le rythme est très lent et les morceaux construits quasi uniquement autour de boucles de guitare. Mais au lieu de tendre vers de l'ambient / post-rock, quelques variations et introductions d'autres instruments en font de véritables chansons ( même les deux titres instrumentaux ) quasi-folk, un peu à la manière d'un Christian Kiefer.

Le point faible de l'album reste cependant le chant de Colin McCann. Trop fluet, heurté et imprécis, il manque trop de chaleur pour porter les titres dans une autre dimension. Certes cela accentue encore le côté artisanal du projet mais à part sur un ou deux morceaux ( 'March to the Mountain' ou 'The Shedding Path' ) dont elle contribue à renforcer l'ambiance douillette et nostalgique, je me prends souvent à rêver à ce qu'aurait pu donner certaines mélodies interprétées par quelqu'un d'autre...
Pas un grand disque mais une petite production simple et bien sympathique qui apporte un bon bol d'air pur.

On peut télécharger gratuitement le morceau 'The Gift of Song in the Lion's Den' sur le site de Jagjaguwar.

Label : Jagjaguwar
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 9
Durée : 33:22

Morceau préféré : 'March to the Mountain'
Bilan : BON

31.01.2009

Etre ou ne pas être expérimental

Encore un projet parallèle d'un des membres d'Espers. Mais il faut dire que la violoncelliste Helena Espvall n'en est pas à sa première collaboration et l'idée d'un disque avec Masaki Batoh de Ghost ( lui non plus pas étranger aux collaborations, entre autres avec Damon & Naomi ) était assez excitante...

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Après un court instrumental un peu dissonnant et très musique de film, on est d'abord frappé par l'extrême classicisme de bon nombre de morceaux, ce qui n'est guère surprenant vu que la moitié des titres sont des réinterprétations de chansons scandinaves folk traditionnelles. On a ainsi droit à des titres folk d'influence médiévale ( 'Kristallen Den Fina' ou 'Bicinium' ) voire dark folk ( 'Uti Var Hage' ) tout juste actualisés par quelques effets de violoncelle ou de guitare. Tout cela est fort bien fait et s'écoute avec un certain plaisir mais la voix assez banale d'Helena Espvall ne permet guère de transcender l'ensemble...

On ne peut malheureusement guère en dire autant ni de la reprise du 'Death Letter' de Son House musicalement désagréable et peu avantagée par le chant faiblard de Masaki Batoh, ni de 'Zeranium' médiocre ballade commune ( là encore le chant de Masaki Batoh se révèle insuffisant ), ni des différents morceaux instrumentaux libres qu'ils soient courts et oubliables ( 'Beneath Halo' ) ou longs et prétentieux ( 'Kyklopes' )...

Au final, voilà un album plutôt agréable mais décevant et sans réel intérêt tant il se disperse dans d'innombrables directions sans réelle cohérence ou proposition vraiment nouvelle. Et on a parfois l'impression d'entendre un petit boeuf entre amis plus qu'un véritable disque...

Label : Drag City
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 12
Durée : 52:38

Morceau préféré : 'Jag Vet En Dejlig Rosa'
Bilan : SYMPA

11.01.2009

Répétition mortelle ?

Parfois un groupe déboule et se fait une petite réputation sur un gimmick original. Ce fut le cas l'année dernière pour O'Death dont les concerts énergiques ( et à demi-nus ) et le bluegrass mâtiné de punk permirent la ressortie chez City-Slang d'un deuxième album auparavant autoproduit. Mais voilà, une fois l'effet de surprise estompé, quel intérêt pour ce nouvel album, Broken Hymns, Limbs and Skin ?

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Il faut bien avouer que les recettes du précédent sont réutilisées à fond : alternance de morceaux à la rythmique énervée sur guitare, banjo et violon "far-west" ( ou parfois très légèrement tzigane ) et de morceaux plus calmes se rapprochant de l'americana... rien de bien nouveau ! Et la plupart des titres semblent bien moins accrocheurs.

Pourtant, l'album se révèle un peu plus après de nombreuses écoutes. Déjà, le cri guttural se fait progressivement chant sur les morceaux les plus calmes ( comme le très beau 'Home' ), un chant d'ailleurs plutôt agréable, quelque part entre Michael Stipe et Alan Sparhawk. Ensuite derrière une rythmique d'apparence toujours festive, les morceaux sont beaucoup plus sombres ( c'est particulièrement sensible dans les paroles ) voire menaçants ( 'Mountain Shifts ou 'Grey Sun' en particulier ) et c'est sans doute la raison pour laquelle il apparaît moins accrocheur au premier abord... D'ailleurs le titre était sans doute un signe !

Sans l'attrait de la nouveauté et avec son côté un peu cassé, cet album a donc un peu peiné à me convaincre ( il y a quelques semaines je lui aurais mis BOF ) mais il n'est pas dit que dans quelques temps son côté moins superficiel ne me le rende finalement pas plus sympathique que 'Head Home'.

Label : City Slang
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 14
Durée : 39:06

Morceau préféré : 'Home'
Bilan : SYMPA

La vidéo de 'Lowtide' :


PS : O'Death revient en France le 18 février à la Maroquinerie avec the Jim Jones Revue. C'est un spectacle qui vaut le coup...

23.12.2008

Le toucherez-vous ?

En vacance des productifs Skygreen Leopards ( au moins 4 albums et un EP en 5 ans ) et ayant abandonné son projet solo précédent Verdure, quoi faire d'autre que d'écrire de la musique ? Et de publier un album sous le nom de Donovan Quinn & the 13th Month ?

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Loin du psychédélisme mi-folk mi-rock de son groupe, Donovan Quinn se place d'entrée dans une grande tradition de singer/songwriter pop-folk de Dylan à Conor Oberst. Une voix douce et légèrement éraillée laissant passer une mélancolie automnale, des mélodies simples et délicates, la recette n'est pas nouvelle mais quand elle est faite avec les bons ingrédients, elle fonctionne encore à merveille...

Ce qui est surprenant à l'écoute de cet album, c'est qu'il n'est pas sans m'évoquer par moments les morceaux les plus lents de Razorlight et des Libertines, sans doute parce qu'ils partagent des références 70s communes. Mais là où certains font preuve d'une assez touchante et naïve maladresse et d'autres d'une mercantile et quasi parodique tentative de copiage ( je vous laisse deviner qui fait quoi ), Donovan Quinn fait preuve d'une authenticité et d'une sensibilité rafraîchissantes. Il n'y a pas là l'ambition d'égaler les grands anciens ou de créer des tubes, non, juste l'envie d'écrire de beaux textes et d'en faire de vraies belles chansons.

Un excellent album me direz-vous ? Eh bien non car le chant doux, nonchalant et un peu éraillé manque un peu d'envergure, car l'album s'essoufle un peu au long des 14 titres et car il manque des chansons marquantes, indispensables, inoubliables. Un bel album d'artisan qui s'écoute avec plaisir, mais pas un grand disque.

On va écouter sur Myspace ou sur une vidéo live de 'Heathen Honeymoon' ( de qualité moyenne cependant ).


Label : Soft Abuse
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 14
Durée : 48:16

Morceau préféré : 'Dark Motel'
Bilan : BON

16.12.2008

pas assez folk ( mon album d'octobre )

De nombreuses critiques que j'ai pu lire se délectent à raconter les origines et la vie apparamment assez spéciales de la demoiselle. Cela meuble facilement une bonne partie d'un billet, mais essayons de nous concentrer sur l'essentiel, la musique et cet album Parplar...

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Pour ce qui est semble-t-il son troisième album ( j'ai envie de me procurer les deux premiers depuis que j'ai découvert ça ), Larkin Grimm est passée sur Young God Records ce qui explique la présence de Michael Gira comme co-producteur et sur un titre de cet album. On sent d'ailleurs tout au long de l'album la passion de Gira pour un folk sombre et décalé qui l'amène à distribuer des artistes comme Akron / Family ou Lisa Germano.

Cet album est tout du long tiraillé entre une tradition folk des Appalaches très traditionnelle ( l'ambiance est parfois carrément Western ) et un anti-folk assez violent jouant sur l'agressivité et la dissonance. C'est à la fois un point fort et un point faible du disque. En effet les sonorités et les ambiances sont du coup variées et parfois très originales. D'un autre côté, cela provoque un manque de cohérence et parfois l'impression qu'une mélodie somptueuse à été sacrifiée sur l'autel de la différence. Il manque la plénitude, la sérénité, l'affirmation de soi qui ferait de Larkin Grimm une future Tori Amos par exemple.

Et puis il y a le chant : il est capable sur certains morceaux d'être d'une touchante beauté, simple, pur et bien posé puis dans le morceau suivant de se révéler criard, énervant et à la limite du désagréable. Il est aussi parfois d'une neutralité totalement sans intérêt. Et c'est bien là le principal problème d'un album alternant morceaux de grâce et morceaux irritants. Un album hésitant trop entre classicisme classieux et révolution sonore. j'attends néanmoins le prochain disque de la demoiselle avec curiosité...

Label : Young God
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 15
Durée : 40:24

Morceau préféré : 'Ride That Cyclone'
Bilan : BON

26.11.2008

Noir c'est noir ( mon album d'août )

L'album du mois revient, avec toujours plus de retard, mais il me faut pas mal de temps pour écouter suffisamment chaque album d'un mois... Après pas mal d'hésitations, j'ai donc choisi 2, le... deuxième album des excellemment nommés Darker My Love.

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Pourquoi un groupe passe-t-il relativement inaperçu pendant des mois voir des années pour tout d'un coup voir le nombre d'affichages Myspace exploser et sa vidéo sur Youtube visionnée des milliers de fois ? Difficile à dire, et si cette soudaine renommée est méritée, elle s'accompagne ( voir les commentaires Youtube ) de son lot de haineux ( copie de Supergrass ? Il faut se laver les oreilles... )

Darker My Love, c'est un peu les Dandy Warhols tentant de ressembler aux Jesus & Mary Chain, les Warlocks se consacrant à l'écriture de chansons à la place de la consommation de substances illicites, les A Place To Bury Strangers découvrant que diminuer le feedback pour révéler une mélodie, c'est bien aussi... Et si vous pensez que cela ôterait tout intérêt à ces groupes, réfléchissez un peu plus...

Darker My Love, c'est de l'indie rock noir et sale, mais pas trop. Ce sont des mélodies faciles à retenir mais par pour autant faciles. Ce sont des sonorités qu'on a l'impression d'avoir entendu de nombreuses fois mais qui leur sont personnelles. Ce sont 11 titres indispensables qui, à défaut d'originalité, sont d'une immense efficacité et s'écoutent en boucle avec un plaisir immense sans jamais avoir envie de passer un morceau ou d'arrêter.

Label : Dangerbird Records
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 11
Durée : 45:13

Morceau préféré : 'Talking Words'
Bilan : EXCELLENT

22.11.2008

Roulette russe

Je n'avais pas prévu de parler du deuxième album de Russian Circles, que j'avais jugé un peu décevant par rapport à leur premier. Et puis en découvrant qu'il avait finalement droit, des mois après, à une sortie française, je l'ai remis sur ma platine et me suis décidé à faire un petit billet...

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Il faut dire que Enter le premier album du groupe avait été très prometteur. Quelque part entre Mogwai et Isis, il emmenait un vent de fraicheur dans un genre post-rock devenu progressivement codifié et sclérosé à l'extrême, avec ses hordes de clones des groupes les plus populaires. Et malgré quelques défauts évidents comme une tendance à rallonger excessivement et inutilement les morceaux, j'avais rangé Russian Circles parmi les groupes à suivre.

Alors quand après une assez longue attente entre la sortie américaine et l'arrivée chez mon disquaire, j'ai enfin eu l'objet entre les mains, mes espérances étaient hautes. Malheureusement, l'album n'offrait que des plus qui semblaient pourtant se soustraire à l'intérêt que je lui portais. Plus de frénésie dans la batterie, plus de lourdeur dans les riffs, plus de soudaineté et de brutalité dans les changements de rythmes... mais définitivement moins intéressant.

Car il est palpable que le groupe fait le contraire de ce pourquoi je l'ai apprécié au départ : appliquer une formule. Certes en l'améliorant un peu et en tendant un peu plus vers le post-métal, mais une formule quand-même. La surprise ne prend plus comme ce fut le cas il y a deux ans et s'il n'y a plus les quelques moments de faiblesses et de maladresses qui ternissaient un peu le bilan de Enter ( le groupe est plus mûr ? ), l'écoute successive des deux disques montre une nette perte de spontanéité et l'absence dans Station des petits moments géniaux qui rendaient son prédécesseur si savoureux.

Reste un bon album de post-rock, peut-être le meilleur d'une année finalement assez pauvre dans le genre ( n'est-ce-pas Mogwai ? ) et qui réjouira sans nul doute ceux qui découvriront le groupe maintenant. On attendra encore le prochain avec impatience ( d'autant que le nouveau bassiste devrait y être présent ), en espérant y voir enfin le potentiel du groupe totalement utilisé. On pourra lire un billet sur leur récent passage aux Mains d'Oeuvres ici !

Label : Suicide Squeeze
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 6
Durée : 43:27

Morceau préféré : 'Station'
Bilan : BON

13.11.2008

Une de plus...

Oui, une chanteuse de plus. Difficile de faire sa place au milieu des Alela Diane, Mariee Sioux, Marissa Nadler, My Brightest Diamond et tant d'autres ( comme ma petite préférée de l'année dernière Orion Rigel Dommisse ) qui envahissent la presse, les blogs, les ondes...
Alors qu'est-ce qui m'a fait acheter ce premier album de Sarah June dont je ne connaissais rien ?

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Une pochette assez originale. Un titre, This is my letter to the world' à la fois intriguant et trop plein de sens. Des comparaisons, flatteuses mais sans doute trop lourdes à porter. Un peu de tout ça sans doute, et le fait que je n'aime pas revenir de chez mon disquaire les mains trop vides ( moins de 4 CDs... ) Allais-je être subjugué ou déçu ?

Imaginez la musique de Mazzy Star, encore ralentie, sans les effets de guitare et avec une Hope Sandoval ayant enlevé toute sensualité de son chant pour souffler le froid. On pourrait penser que tout le sel du groupe a disparu.

Imaginez Joanna Newsom, Judee Sill, Marissa Nadler ou autres divas gothic/dark folk ayant oublié de broyer du noir et s'essayant à la séduction. On pourrait penser que c'est sacrilège et totalement sans intérêt.

Eh bien Sarah June, c'est un peu tout ça, et plein d'autres choses encore et c'est un très bel album. Ce sont des compositions à la fois simples, froides et tentatrices, ce sont des textes que l'on prend plaisir à écouter, c'est une voix susurrée de jeune femme mutine et secrète.

Alors, un excellent album ? Pas tout à fait. Les compositions manquent souvent un peu de maîtrise et de profondeur, se reposant trop sur la voix et se révélant un peu répétitives. Au point que deux des meilleurs morceaux de l'album soient des reprises, un 'I Can't Help Falling In Love' qui nous fait un peu oublier les massacres que furent les versions de UB40 ou de A*Teens et un 'When Doves Cry' qui se pose en candidat sérieux de Stina Nordenstam pour la meilleure reprise de Prince.

En tout cas un album qui donne vraiment envie de voir comment va évoluer la ( jeune ? ) femme dans les années à venir !

Label : Hand/Eye records
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 12
Durée : 34:50

Morceau préféré : 'We Lurk Late'
Bilan : BON

14.10.2008

Une goutte de Mazzy

Bien que n'ayant jamais touché le grand public, Mazzy Star reste un groupe important par l'influence qu'il a eu sur de nombreux artistes. Et depuis sa disparition, le groupe a connu bon nombre d'imitateurs de qualité très variable ( je pense par exemple à Torrez ).

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Difficile de qualifier Seki Ewers d'imitatrice, puisqu'elle fit partie d'Opal puis de Mazzy Star ( à l'époque de 'She Hangs Brightly' ), pourtant il va être bien difficile pour ce premier album solo ( après bien d'autres projets ) de ne pas citer un nom bien envahissant...

En effet, les deux premiers morceaux 'Time after time' et 'Know what you're saying' ne choqueraient pas dans la discographie de Mazzy Star. Certes l'orchestration sonne légèrement plus moderne mais tout, dans la mélodie, dans les effets de guitare, dans l'ambiance et dans le chant ramène à la référence. Sauf que le chant, certes agréable, est loin d'avoir la même puissance, la même sensualité. Et pourquoi se satisfaire d'une copie ?

Heureusement la suite suit des chemins plus divers : 'This must be heaven' tend plus franchement vers le shoegaze d'un Slowdive, 'One more time' et 'All day long' ont un franc côté bluesy/country à la Mojave 3. Malheureusement deux choses plombent un peu ce très honorable album : la grande fadeur du chant, incapable de provoquer l'émotion et la présence de quelques morceaux vraiment faibles comme la ballade sirupeuse 'Forever girl' ou le légèrement chaloupé 'Lazy' qui conclut l'album.

Un album qui fait un joli fond sonore, mais qui se révèle totalement dispensable.

Label : Mind Expansion
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 9
Durée : 38:26

Morceau préféré : 'This must be heaven'
Bilan : SYMPA

08.10.2008

Douloureuse beauté ( mon album de juillet )

Le folk est à la mode : Volume nous fait un dossier ( sans intérêt ) de 14 pages pour son troisième numéro, Devandra Banhart ou Joanna Newsom sont devenus des icônes pendant que Alela Diane, Cocoon ou Bat for Lashes vendent des tonnes de disques jolis mais mièvres. Pendant ce temps, Josephine Foster sort son quatrième album ( sans compter les collaborations comme Born Heller ou les CDR auto-distribués ) dans un quasi-anonymat...

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Deux ans après A Wolf in Sheep’s Clothing, un album de reprises très spéciales de Lieder allemands arrive donc ce This Coming Gladness. Avec ce titre, un nouveau label, et une pochette aussi colorée que décalée, la musique de Josephine Foster serait-elle devenue joyeuse ?

Ce qui frappe d'abord, c'est l'impression d'écouter un vieux 78 tours. Mais on réalise bien vite son erreur. D'abord parce que la qualité d'enregistrement rend toutes les nuances du chant, aussi pur et coupant que du cristal. Ensuite si certains effets font penser tantôt aux chanteuses de la première moitié du 19ème siècle, tantôt aux chanteuses lyriques, tantôt aux grandes voix folk des 70s, il y a chez Josephine Foster une sorte d'exagération, d'emphase dans le sentiment qui n'appartient qu'à elle et qui pourra la rendre inécoutable pour certains.

Ce chant si particulier magnifie une musique d'apparence simple et classique : quelques notes de piano ou de harpe pour former des mélodies posées, calmes, intemporelles. Car c'est l'impression d'intemporalité ( et non de passéisme comme chez nombre de ses consœurs ) qui ressort de cet album : il aurait pu être publié aussi bien il y a 20 ans que dans 20 ans et garder le même impact, la même sensation de n'être ni moderne ni ancien mais juste magnifique et brillant. Et il faut reconnaître que l'apport de Alex Nielson à la discrète batterie et de Victor Herrero avec ses omniprésents reverbs de guitare, transfigure ce disque, l'amenant bien au-dessus des ( pourtant déjà excellents ) précédents opus de la dame.

Car que ce soit pour parler d'amour ( 'The Lap of Your Lust' ) ou de la nature qui transparait partout ( qui a dit hippie ? ), que ce soit dans le cadre d'une berceuse ( 'Lullaby to All' ) ou d'une mélancolique ballade ( 'All I Wanted Was the Moon' ), ce disque m'emmène tout autant au paradis qu'en enfer car il faut traverser des passages difficiles voir désagréables, pour atteindre, dans la douleur, l'infinie beauté.

Aussi le bilan de cet album pouvait-il être autre que celui qui se trouve en bas, au risque de choquer ? Simplement non. Pour moi ( et peut-être uniquement pour moi ), il est le plus personnel, le plus riche et le plus original ( ni dark folk, ni néo-hippie ) des très ( trop? ) nombreux albums sortis avec le renouveau folk de ces dix dernières années. Un disque que je re-découvrirais encore et encore à chaque nouvelle écoute. Un chef d'œuvre, quoi !

Label : Bo'Weavil
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 10
Durée : 46:29

Morceau préféré : choix totalement impossible mais disons 'Second Sight' aujourd'hui
Bilan : TOP DU TOP

PS : Il y a des MP3s sur le site de Bo'Weavil.

21.09.2008

khale belle découverte ( mon album de juin )

C'est leur présence sur le label Own Records ( où on retrouve aussi Gregor Samsa ) qui m'avait incité à aller écouter Khale. Et ce fut une bien belle découverte car ce Sleepworks est sans doute mon premier album préféré dans une année où il y en a eu ( pour moi ) assez peu, si on ne tient pas compte de celui des Sleeping Years ( Dale Grundle n'est plus tout à fait un jeune premier... )

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Quelques notes de piano, une mélodie simple et un chant doux, c'est ainsi que l'album s'ouvre avec 'garrison', quelque part entre singer/songwriter classique et slowcore, un peu à la manière de Barzin, autre projet solo devenu progressivement un groupe. Mais dès les premières notes du morceau suivant 'the living desert' et ses boucles électroniques, on se rend compte que l'album ne restera pas dans cette direction...

En fait tout l'album navigue entre une calme pop acoustique et une électro légère qui se mélangent subtilement dans des chansons délicates. On pense à The Notwist dans l'utilisation de l'électronique, à The Clientele dans le chant et un certain côté rétro ( particulièrement sensible sur 'caldas' ) ou encore à Gregor Samsa dans la capacité à créer des ambiances cinématographiques à la fois nocturnes, désertiques et chaudes.

Au final, un bien bel album pour ceux qui cherchent une pop légèrement électro, douce et sophistiquée.

Label : Own Records
Année de sortie : 2008
Nombre de morceaux : 10
Durée : 36:00

Morceau préféré : 'caldas'
Bilan : EXCELLENT

31.08.2008

Idéal pour dormir dehors ( mon album de mai )

Et mon album du mois continue à prendre toujours plus de retard ( promis, je vais faire des efforts ) mais encore une fois, difficile de parler correctement de cet album tant que je n'avais pas "oublié" son prédécesseur.

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En effet avent de sortir ce Maybe They Will Sing for Us Tomorrow, Hammock avait sorti il y a deux ans le brillant Raising Your Voice...Trying to Stop An Echo , délicat chef-d'oeuvre de postrock crépusculaire ( neuvième de mon TOP50 2007 ). Or ce nouvel album, s'il n'est jamais décevant, laisse dans un premier temps perplexe, tant il semble être de l'ambient classique, proche d'Eluvium ou de Stars of the Lid.

Tout d'abord d'apparence dépouillée et ralenti à l'extême, quasi-minimaliste, basé sur la répétition et la transformation d'un même motif, l'album révèle progressivement toute sa complexité à condition d'accepter d'y porter toute son attention. Car il est très facile de laisser ce genre de musique comme simple et agréable fond sonore mais beaucoup plus compliqué de s'y plonger totalement, de se laisser immerger, de s'en imprégner totalement. Car parfois la déception est grande et l'ennui gagne vite en s'attardant sur un album d'ambient...

Mais pas de cela ici, l'écoute attentive laisse l'auditeur ( du moins celui qui tape ces quelques mots ) dans un état de bien-être béat et de calme harmonie dans les sensations. Un état dans lequel on se replongerait bien immédiatement. Mais bon, pour pas virer New Age Freak, je vais plutôt aller écouter un truc avec des cris et du bruit...